La personnalité et le trouble de la personnalité

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Ados : Comportements dangereux

Aujourd’hui, nous discutons des comportements risqués qu’adoptent souvent les adolescents. Nous faisons référence ici, entre autres, à la consommation, au vol, au vandalisme, à l’agression et à la promiscuité. Dans cet article, nous traiterons de deux aspects importants quant aux comportements à risque chez les adolescents : les buts de ces comportements ainsi que des pistes de réflexion quant aux manières les plus efficaces d’intervenir.

Retenons qu’il sera plus question de garçons que de filles dans cette rubrique. Cela n’exclut pas que les filles adoptent également ce genre de comportements. Or, selon les études, les filles sont moins enclines à réagir à la compétition au sein des groupes de pairs. Et lorsque c’est le cas, elles optent pour des comportements plus intériorisés qui, même s’ils revêtent autant d’importance, ne sont pas à l’étude ici.

Comprendre la fonction des comportements à risque chez les adolescents

Les adolescents adoptent des comportements à risque que plusieurs interventions ont tenté de neutraliser par le passé. Peu d’entre elles se sont révélées fructueuses jusqu’à l’apparition du modèle évolutionniste. Celui-ci affirme qu’il faille porter attention à la fonction qu’occupent ces comportements pour les adolescents. Ainsi, dans cette théorie, devant un tel comportement, on se pose la question : « Qu’est-ce que l’adolescent y gagne? ». Et même s’il semble que certains comportements n’aillent rien à apporter à ceux qui les adoptent, les adolescents y voient parfois un accès privilégié vers un plus haut rang social au sein de leur groupe de pairs et même à un certain pouvoir, gagnant en admiration et projetant l’image de courage.

Puisque l’adolescence est une période de changements majeurs, les individus qui la traversent voient leur personnalité transformée ainsi que leurs désirs et leurs pulsions changés. Des transformations au niveau hormonal, social, biologique et psychologique s’opèrent et font en sorte que l’adolescent a de nouvelles motivations et qu’il poursuit de nouveaux objectifs. Tel que se tailler une place dans sa société, gagner en rang social et obtenir plus de pouvoir, entre autres, pour éventuellement avoir accès à une sexualité et à la reproduction.

De plus, l’adolescence est une période de rébellion durant laquelle les jeunes individus veulent se libérer de l’autorité. Ainsi, défier les règles et les lois semble valeureux. Il n’est pas étonnant de voir, parmi de nombreux groupes, que les comportements antisociaux sont valorisés et qu’ils incarnent courage et force. L’adolescent projeté dans cette période de vie, et qui voit les valeurs prônées par son groupe de pairs, serait en fait plus un individu tentant, tant bien que mal, de s’adapter à un environnement stressant qu’un individu dysfonctionnel.

 

De surcroit, lorsque les contextes familiaux de l’adolescent sont tels qu’il subit de nombreux stress (violence, pauvreté, etc.), il peut s’avérer une bonne option d’opter pour de tels comportements pour réussir à y survivre...

 

Ainsi, de multiples buts sont poursuivis par les adolescents avec de tels comportements, par exemple :

  • Meilleure option par rapport au contexte

  • Stratégie d’adaptation à l’environnement

  • Ratio coût-bénéfice plus grand (avantages des comportements + grands que coûts)

  • Gagner en popularité

  • Monter en rang social

  • Avoir accès à + de ressources

  • Avoir du succès

  • Avoir accès à une vie sexuelle

  • Gagner en dominance

  • Obtenir de l’admiration

  • Être perçu comme courageux, culotté

  • Gagner le combat « perdant/gagnant »

  • Obtenir + de bénéfices au présent

Ainsi, en comprenant cette fonction d’adaptation et le but que les ados poursuivent d’être acceptés par leurs groupes d’amis, en optant pour des comportements antisociaux, il est possible d’intervenir sur ces motivations.

 

Interventions ciblées sur les motivations des comportements

Il faut savoir que deux types de trajectoires, en matière de délinquance, existent. Cela est important car l’intervention s’en trouvera affectée selon si l’adolescent se situe dans l’une ou l’autre des trajectoires.

Dans une première trajectoire, les adolescents ont un passé ancré dans des comportements à risque, ayant des parents avec des pratiques parentales abusives/inadéquates, ou encore, ils présentent des troubles neurodéveloppementaux. Ces ados sont considérés comme de la trempe des délinquants persistants (Early-starter). Ce type de trajectoire mène souvent au développement d’une personnalité antisociale.

Dans l’autre trajectoire, il y a les adolescents qui n’adoptent des comportements délinquants que durant la période de l’adolescence. Les ados à ce moment, ne sont que dans l’imitation des pairs délinquants et feront un retour éventuel à un mode de fonctionnement normal sous peu.

Plusieurs interventions sont possibles pour réduire l’usage de comportements à risque. Mais les interventions qui tentent de rompre simplement les patterns comportementaux de ces jeunes, et qu’on surnomme stratégies Band-Aid, s’avèrent infructueuses car elles ignorent les besoins et désirs des ados qui les adoptent. Du paradigme de l’apprentissage (TCC), les adolescents ont appris que les comportements risqués peuvent leur apporter les renforcements positifs qu’ils recherchent. Ils ont aussi appris, en regardant les autres se conduire ainsi et être renforcés, par apprentissage vicariant (social).

D’ailleurs, la théorie LH explique qu’un individu vivant de nombreuses conditions de stress, dès son jeune âge, apprend vite que la vie est dangereuse et qu’il n’a que peu de contrôle sur la sienne. Il y a plus d’avantages pour lui d’agir pour son propre bénéfice à court terme que de penser à investir en fonction du futur.

Il s’avère approprié d’intervenir d’abord directement sur le contexte environnemental puis sur le ratio coût-bénéfice des comportements. Voici d’ailleurs quelques pistes de réflexion qu’Ellis et ses collègues (2012) nous suggèrent d’explorer lorsque vient le temps de mettre sur pied des interventions :

  1. Mettre en valeur les groupes au sein desquels les ados peuvent gagner en rang social et en popularité par des comportements prosociaux

  2. Intervenir sur le ratio coût-bénéfice, en changeant l’environnement où l’intimidation est renforcée, faire en sorte qu’elle ne le soit plus

  3. Altérer la perception de l’environnement social en donnant la chance aux adolescents de comprendre qu’ils ont un avenir et qu’ils peuvent investir à long terme et vivre une longue vie heureuse

  4. Faire en sorte que les comportements prosociaux soient ceux qui sont renforcés plutôt que les antisociaux

  5. Créer des opportunités dans lesquelles les adolescents sont en contact avec des gens de tous les âges, où ils feront preuve de comportements prosociaux

En explorant de telles pistes de réflexion et en élaborant des interventions qui prennent en compte les motivations comportementales, il est possible de s’attaquer plus en profondeur à cette problématique de comportements à risque qui causent finalement beaucoup de tort, tant à l’adolescent qu’à la société en général.

Veronique Menard, B.Sc., doctorante en psychologie, section TCC, UQÀM. 19/09/2016

Références

1. Ellis, B. J., Del Giudice, M., Dishion, T. J., Figueredo, A. J., Gray, P., Griskevicius, V., ... & Wilson, D. S. (2012). The evolutionary basis of risky adolescent behavior: implications for science, policy, and practice. Developmental psychology, 48(3), 598.

2. Kaplan, H. S., & Gangestad, S. W. (2005). Life history theory and evolutionary psychology. The handbook of evolutionary psychology, 68-95.

Veuillez noter que cet article est paru dans le journal Psy-Curieux, édition d’octobre 2016.

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